La chirurgie robotisée
La jeune femme respire calmement. Elle est en train de subir une cœlioscopie digestive sous l’oeil attentif du Dr Thierry Pemiceni. Nous sommes à l’Institut mutualiste de Montsouris, à Paris, où depuis près de trois ans cette intervention est entièrement robotisée.
"Nous utilisons un robot d’origine américaine dont le bras articulé ressemble à celui de la navette spatiale! C’est ce bras qui tient l’appareil de cœlioscopie et l’introduit dans l’abdomen de la patiente. Les mouvements sont commandés à la voix", explique le Dr Perniceni.
Dans le silence, le chirurgien s’adresse au robot "A droite... En avant... Stop." A chaque ordre, le bras s’exécute et le chirurgien suit le geste sur un écran. La précision est de l’ordre du centimètre, mais peut atteindre le millimètre. "Grâce à ce robot, on n’est plus tributaire d’un assistant qui tremble ou se fatigue en portant l’appareil. Et l’on évite l’erreur humaine. L’image obtenue sur l’écran est donc très précise, et sans mouvements parasites", souligne le Dr
Un avantage parmi d’autres, car les robots facilitent décidément beaucoup les opérations.
Une répétition sur écran avant l’intervention.
Témoin, le cas de Jeannine. Sa hanche usée la faisait souffrir, il fallait la soulager par une prothèse. Son chirurgien s’est fait aider par Caspar, une merveille automatisée qui a d’abord mémorisé toutes les données. Ceci a permis de répéter l’opération sur écran d’un clic de souris, le chirurgien a visualisé la hanche de Jeannine en trois dimensions, ce qui lui a permis de choisir la prothèse la mieux adaptée et de trouver le meilleur positionnement. Caspar a enregistré la bonne position et a commencé à forer. La précision de ce robot est d’un cinquième de millimètre, soit mieux qu’un excellent chirurgien! Résultat la prothèse, parfaitement mise en place, ne bougera pas de sitôt. Et Jeannine a pu remarcher très rapidement.
Une précision au millième de millimètre près.
En neurochirurgie, les exigences vont plus loin encore. "Dans les opérations du cerveau, c’est une question de millième de millimètre. Tout tremblement, tout sursaut durant une intervention chirurgicale peut donc avoir de graves conséquences et détruire des structures essentielles". explique le docteur Volker Urban, de la clinique Horst Schmidt, à Wiesbaden (Allemagne). Ce jeune neurochirurgien a mis au point, avec Siemens, un extraordinaire robot qui p eut travailler au millième de millimètre près! L’appareil, nommé OP 2015, se déplace avec précision le long des fibres musculaires et des voies nerveuses, perce des tunnels minuscules dans les os du crâne. Quant aux cellules d’une tumeur cérébrale, ce robot les enlève sans toucher les vaisseaux sanguins ou les cellules saines voisines.
Une réduction des risques opératoires. L’Institut d’automatisation et de technique de production (ITA) de Stuttgart vient de mettre au point un fauteuil pour neurochirurgiens travaillant avec un robot. Imaginons que le robot pilote un endoscope. Le siège du médecin s’incline ou tourne selon le mouvement de l’endoscope, donnant au neurochirurgien une meilleure perception de la rapidité avec laquelle l’endoscope avance dans les couches sensibles du cerveau. Et ceci pour éviter une erreur fatale. Ceux qui craignent l’arrivée des robots ont donc tort. On ne verra pas les machines remplacer les chirurgiens et opérer à la chaîne. Pour le docteur Perniceni, la question ne se pose même pas. "On les utilise aujourd’hui pour minimiser les risques des opérations. Il en sera de même demain. Le fondement de toutes ces inventions, c’est la sécurité du patient", conclut-il.
Mr Jean-Luc Vidai.