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Des neurochirurgiens français ont restauré une contraction musculaire chez des paraplégiques

La greffe de nerfs au niveau de la moelle épinière sectionnée provoque une repousse de neurones qui reconstitue une liaison avec les muscles des jambes.


UN GROUPE de neurochirurgiens français révèle dans le prochain numéro, daté de juin, de la revue spécialisée Journal of Neurotrauma avoir obtenu les premiers résultats positifs, chez l'homme, après une greffe de neurones pratiquée au niveau de la moelle épinière chez des personnes paraplégiques.

Si elle ne constitue pas stricto sensu une réponse concrète aux handicaps majeurs dont souffrent les victimes de lésions de la moelle épinière, cette première marque à l'évidence une étape importante. Elle ouvre aussi de réelles perspectives dans un domaine où, en dépit des avancées dans le champ de la neurologie, les progrès thérapeutiques sont inexistants ou presque.

La première française concerne un patient victime d'un accident de la circulation automobile et qui avait perdu l'usage de ses deux membres inférieurs. L'intervention a été pratiquée, un an après l'accident, par un groupe de neurochirurgiens dirigés par les professeurs Marc Tadié (hôpital Bicêtre, Le Kremlin-Bicêtre) et Roger Robert (CHU de Nantes).
L'opération réunissait, notamment, les professeurs Jean-François Mathé, Pierre Guiheneuc et Brigitte Perrain-Verbe. Elle avait au préalable été autorisée par un comité de protection des personnes, le patient ayant été dûment informé du fait qu'il s'agissait d'une expérimentation chirurgical dont il ne tirerait, selon toute vraisemblance, aucun bénéfice.


Neuf mois après cette greffe, le premier patient montrait qu'il était redevenu capable de contracter, de manière volontaire, certain faisceaux des fibres des muscles des jambes, ceux dits "adducteurs de la cuisse" et "psoas". Ce phénomène a été vérifié et confirmé par des enregistrements électrophysiologiques.
Plus spectaculaire encore, cette restitution partielle des fonctions musculaires continue, deux ans après l'intervention chirurgicale, à s'améliorer. "Après de nombreux travaux menés chez l'animal, ceci montre que la technique visant à faire repousser des neurones par l'intermédiaire d'un greffon de nerf périphérique, de les faire sortir vers la moelle épinière et d'atteindre une cible musculaire est également possible chez l'être humain", résume-t-on auprès de l'Institut pour la Recherche sur la Moelle Epinière qui a financé ces travaux.


"En pratique, nous avons, dans un premier temps, prélevé une fraction du nerf sural (un nerf innervant certains des muscles du mollet), fraction que nous avons sectionnée et placée sous forme de pontage entre l'extrémité des axones sectionnés au-dessus de la lésion de la colonne vertébrale et des racines motrices situées en-dessous de cette même lésion au niveau des deuxième, troisième et quatrième vertèbres lombaires, explique le professeur Tadié.
Une deuxième greffe, identique, de neurones périphériques a été pratiquée, de la même manière, en controlatéral. Nous n'avons pas eu de complication chirurgicale. Avec deux ans de recul, la contraction musculaire volontaire semble se renforcer et une ébauche de sensibilité est apparue chez notre patient."


Le professeur Tadié explique que, lui et ses collaborateurs, n'ont pas souhaité rendre publics plus tôt ces résultats spectaculaires pour des raisons à la fois médicales et scientifiques. "Nous souhaitions nous assurer que les résultats obtenus n'étaient pas éphémères", résume-t-il.

L'un des éléments les plus prometteurs de ce travail tient à la physiologie induite par cette greffe. "Ce ne sont pas les fragments du nerf sural que nous introduisons dans une forme de "pontage" qui permettent de rétablir le lien entre les extrémités sectionnées des neurones, précise-t-il. En fait ces fragments neuronaux, les éléments cellulaires et moléculaires qui les composent servent à la fois de guide et d'attracteurs.
Ce sont eux qui provoquent la repousse neuronale, les cellules reprenant leur croissance sur une distance de 25 à 30 centimètres pour rejoindre les muscles dont elles assuraient l'innervation avant l'accident du patient". Alors même qu'ils visaient précisément un tel objectif, les auteurs de cette première confient être profondément impressionnés par ce résultat qui, après d'autres récemment obtenus, vient démontrer l'extraordinaire plasticité du système nerveux central et les possibles applications thérapeutiques qui, en toute logique, pourraient en résulter.


"L'intervention a duré plus de dix heures et a nécessité la collaboration de deux équipes de neurochirurgiens spécialisés, explique le Professeur Tadié. De nombreux travaux de recherche et d'expérimentation sont encore nécessaires avant d'envisager la possible restauration de la motricité et de la sensibilité dans des régions étendues des zones paralysées des personnes paraplégiques ou tétraplégiques.
Et nous ne souhaitons, en aucune manière, que ces personnes nourrissent, à court terme, de vain espoirs. Pour autant comment ne pas dire notre enthousiasme devant ces premiers acquis ?" Deux autres patients, paraplégiques depuis plus d'un an, ont d'ores et déjà été greffés de manière similaires, et une série d'autres interventions sont programmées à court terme.
"Cette première intervention chez l'homme paraplégique, visant à reconnecter un muscle de topographie sous lésionnelle à la moelle épinière dorsale sus lésionnelle, confirme les possibilités de régénération axonale de la moelle épinière humaine", estime, pour sa part, le professeur Alain Privat (unité Inserm Développement, plasticité, vieillissement du système nerveux, université de Montpellier). Le résultat, même s'il reste encore modeste pour le patient, implique la nécessité de poursuivre les recherches dans cette voie."


Financement associatif

Les travaux prometteurs des neurochirurgiens français à paraître dans Journal of Neurotrauma avaient, pour partie, été exposés il y a quelques jours lors du colloque scientifique international organisé par l'Institut pour la recherche sur la moelle épinière (IRME) à Deauville (Calvados). L'IRME, qui a, pour l'essentiel, financé ces recherches, est une association loi 1901 créée en 1984 par Jean Delourme, ancien industriel du médicament, à la suite de l'accident de la route qui laissa son petit-fils Nicolas, tétraplégique, à l'âge de 20 ans.

Cette association a pour but de contribuer à une meilleure compréhension des problèmes liés à la réparation des lésions de la moelle épinière responsables de sévères handicaps encore aujourd'hui considérés comme définitifs. L'IRME ne finance ses programmes de recherche que par des dons privés provenant de ses adhérents, de legs ou de mécénats industriels, et grâce au soutien actif et généreux de l'Association française contre les myopathies et du Lions Club International.


Jean-Yves NAU
Article paru dans le journal "LE MONDE" du Samedi 18 mai 2002


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