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Dictature

Le jeune François N'Gonolo est assis à son bureau Louis XVI. Il aime travailler dans cette pièce ensoleillée. Cela lui rappelle à chaque instant sa lumineuse Afrique. Son hôtel particulier se trouve à deux pas de la Sorbonne où il poursuit de fructueuses études.

C'est un garçon franc, aussi franc que l'est son caractère. Sa position sociale et financière particulière devraient l'isoler, pourtant il a de nombreux amis. François a l'insouciance de ses dix-huit ans et met la politique au second plan.

Philibert N'Gonolo, son père, est également assis à la même heure derrière un magnifique bureau. De sa chemise militaire à manches courtes, sortent deux bras puissamment musclés. Ses mains, l'une fermée sur un colt et l'autre sur une cravache dressée, repose contre le bord du meuble.

Monsieur François ! Un télégramme de la capitale...

Roger, le majordome, dépose le message d'une main impeccablement gantée de blanc sur une pile de livre.

Le télégramme c'est la manière de correspondre chez les N'Gonolo. François saisi son coupe-papier en argent et, d'un geste sûr ouvre le pli. Le texte est bref et sec : Père assassiné - rentrez d'urgence - Colonel Fernand Djiabolu.

En cet instant la vie de François bascule. Son existence rose va bien vite devenir rouge.

Un vol spécial l'amène dans son lointain petit pays d'Afrique. A l'arrivée, au bas de la passerelle, il est happé par une escouade fortement armée et conduit directement au palais. Là, il découvre son père assis à son bureau, avec les bras encore tendus. Seul, un trou noir sur son front explique son regard vide.


Deux mois se sont écoulés et François a eu largement le temps de découvrir l'horreur qui l'entoure. Il avait l'impression d'avoir été jusqu'au jour fatal comme ce fameux prince Indien qui, n'étant jamais sorti de son palais, s'échappa un jour de sa prison dorée pour découvrir la triste réalité humaine. Découverte qui lui interdisait de revenir en arrière. François se sentait à quelque part comme ce Bouddha... Son père, entouré d'une bande de forbans, tenait le pays d'une main de maître. Toutes les richesses du pays étaient mangées par ce beau monde. Le jeune N'Gonolo avait été élevé dans le luxe à l'instar de l'Indien. Ses sorties à lui, bien gardées et annoncées, ne rencontraient sur son passage que vivats et sourires. La réalité, bien sûr, se trouvait être tout autre. La contrée, plongée dans la plus grande misère, vivotait sous les matraques du dictateur. A la mort du père, François se trouve donc jeté dans ce chaudron, comme une future frite dans l'huile bouillante.

Cependant son intelligence et sa sensibilité représente pour lui un atout de première taille. Mois après mois, il expulse de son entourage les fanatiques et les sanguinaires pour les remplacer peu à peu, par des hommes de bien. Avec le temps, la vie redevint normale comme elle le fut avant son père... Mais ce fameux temps ne peut effacer dans certains cœurs, d'un coup de baguette magique, tout le mal qu'a fait Philibert N'Gonolo.


Un fils ne peut avoir dans ses veines que la folie de son géniteur !... Voilà le bruit que répandent des comploteurs qui veulent l'éliminer. Un soir, alors que le redresseur du pays se promène sous une allée de cocotier, surgit dans son dos à vive allure, une grosse et puissante voiture venue pour le faucher. François, sentant le danger, au dernier instant, s'est jeté de côté. Hélas, l'aile du véhicule le boxe dans l'herbe rase.

L'émotion est grande dans le pays et dans le monde. Le jeune homme représentait un symbole de droiture et de patience. Le verdict des médecins est lourd, vertèbres lombaires brisées, traumatisme crânien et coma profond. Alors qu'on le croyait perdu, il émerge, après bien des semaines, de son long sommeil.

L'homme qui ouvre les yeux devant le corps médical n'est plus le même, il est comme possédé par un autre, un autre qui estime en toute légitimité être le géniteur, le père nourricier, de cette masse de chairs et d'os disloqués.

L'esprit de François s'est morcelé dans cet ailleurs de coma, écrasé par celui d'un père planant sur la ville. L'esprit malfaisant, obnubilé par une sale idée, par un ignoble but, veut se venger des autres, de tous les autres.

Mais les choses de la vie ne se répètent jamais deux fois de la même manière. Ce seront quatre roues d'un fauteuil roulant qui véhiculeront désormais, en place de ses deux jambes, le revenu dictateur. Il devra également, aussi longtemps qu'il vivra, s'accommoder de lancinantes et perpétuelles douleurs dans la tête.

Après une convalescence des plus brève, le fou, impatient, se remet en action. Son machiavélisme et sa haute connaissance des bassesses de l'humain lui font ruminer une sacré vengeance. Ne dit-on pas que l'occasion fait bien souvent le larron ? Alors sous sa fausse identité, il va se jeter, goulûment, dans la dictature des handicapés... Ici, le prolétariat sera remplacé par des éclopés. La cours des miracles deviendra sa cours, et l'utopie va régner !

Les minables pensions seront transformées en royales soldes. Les affreux fauteuils en bois ou en fer rouillé seront tous très rapidement remplacés par des engins en alliages des plus nobles et des plus légers. Les cannes anglaises seront toutes munies de poignées en or massif. Tout invalide aura une confortable voiture et deux chauffeurs à sa disposition. Tous les vingt mètres de trottoir de la capitale, ainsi qu'un tiers des parkings, seront impérativement et exclusivement réservés à ces véhicules. Chacun de ces emplacements sera muni de bornes détectrices d'autos H (H comme handicapé). A l'arrivée d'un véhicule, tout chauffeur H glissera dans la fente de contrôle des bornes, une carte magnétique. Est puni de cinq ans de prison et de confiscation définitive de voiture, tout citoyen valide qui aurait l'audace de se placer sur l'un quelconque de ces périmètres hautement sensibles...

Un point complètement délirant fait que parmi les habitants invalides figuraient des gens abîmes par l'ancien régime. Un autre point qui surgit, tout aussi hallucinant dans cette folle cage aux rats, est qu'il va se trouver des humains qui s'estropieront volontairement afin de bénéficier des avantages du désaxé. Ce dernier ruminait d'ailleurs, dans le secret de sa pensée, de transformer la nation en peuple handicapé... Le père de la nation désirait l'égalité calquée sur sa personne. Hitler et des fous américains avaient voulu la race pure, lui N'Gonolo désirait une société altérée...

La circulation, surchargée, devint impossible dans la capitale. Tous les jours éclataient des bagarres pour l'obtention des rares places de parking. Bien des gens venant de lointaines campagnes durent se lever de plus en plus tôt afin de trouver à se garer. Certains utopistes en herbe laissèrent leur voiture parquée au même emplacement, afin de se garder la place et rentraient à pied.

Mais la mesure qui mit le feu aux poudres, fut quand le possédé François décréta passible du peloton d'exécution tout individu sain ayant sur lui une fausse carte magnétique ou une carte volée. Un matin, un groupe d'employés d'une banque, harassés, lapida un innocent paraplégique qui s'était placé devant leur maison de crédit.

La nouvelle fit le soir la une du Yalokibou News Evening. Cela donna des idées à des attentistes qui firent subir le même supplice à quelques malheureux invalides. Le dictateur bondit dans son fauteuil et envoya sur-le-champ la troupe quérir tous les auteurs de la première lapidation. Les soldats revinrent bredouilles. Ils s'étaient retrouvés devant une conspiration du silence. Philibert-François, alors, entra dans une rage folle et éructa qu'on lui amène dix employés pris au hasard dans la banque. Ceux-ci furent promptement arrachés de leur guichet, conduit au palais et passés par les armes devant les yeux de François. Le lendemain, une photo grand forma s'afficha au centre de la une du Yapludo Morning, Le dictateur s'était fait photographier à côté de l'empilement des cadavres de guichetiers.

La banque se mit de suite en grève suivit dans l'heure des autres établissements monétaires. Tout le monde s'était retrouvé armé car la rumeur courait que le fou allait à nouveau envoyer la troupe. Ce qui fut fait...

Des anciens de l'ancien régime avaient depuis peu refait surface. En un rien de temps ils avaient retrouvé leur train de vie et leurs chars tirèrent sur la banque. Mais comme dit plus haut, l'histoire ne se répète pas. Des hommes libres envahirent la radio gouvernementale pour haranguer le peuple...

Le dictateur fut massacré, son fauteuil coupé en morceau, la troupe réduite, mais aussi, malheureusement, bien des handicapés y laissèrent leur os.

A chacun de méditer cette folle et sombre histoire...
Francis Rigoni


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